Tourbillon Flamenco
Le son aérien
dun flamenco joué à la guitare par des doigts agiles. Rue de Béthune, entre un
magasin de fringues et un autre magasin de fringues, il est un musicien qui retient
lattention des passants. El Kado son prénom est Kader joue dehors
depuis des mois pour financer lenregistrement de son premier album, Tourbillon. Il y a dix ans, jétais barman sur la Côte
dAzur, je faisais les saisons ", raconte Kader. " Le patron
jouait de la guitare, jai flashé. Une vraie révélation ". Issu
dune famille de musicien, il se met alors à pratiquer huit heures par jour.
" Je suis autodidacte, je ne connais pas le solfège. Mais quand je suis rentré
sur Lille, en 1995-96, jai pris des cours de flamenco avec Pedro, un guitariste
lillois. " Il monte alors sa première formation avec deux autres musiciens. Los
Bandoleros Les Bandits jouent un peu dans les bars, " pour le
plaisir ". Puis ils se séparent. El Kado se met alors à chanter, en
saccompagnant à la guitare, avec quelques amis. Quelques concerts encore, notamment
au Grand Mix, à Tourcoing.

Puis Kader part pour Londres, où il
apprend beaucoup aux côtés de Maurizio, " un grand de la guitare ".
Il la rencontré dans la rue, par hasard, il va laccompagner pendant près de
deux ans. " On jouait dans des boîtes, dans des bars, dans la rue. Jai
aussi participé à lenregistrement de deux albums en studio. "
L école de la rue
En 1998, nouveau retour à Lille. Kader monte une formation
arabo-andalouse avec ses deux oncles, puis travaille en duo avec Juan Marco. Il décide
ensuite de se consacrer entièrement à ses compositions, tout en donnant des petits
concerts avec son frère Djamal. Une dizaine de titres sont bientôt prêts. Reste à
trouver le nerf de la guerre. Kader applique la recette apprise à Londres. Direction la
rue de Béthune. Une vraie expérience, pas toujours rose. " Il faut être fort
psychologiquement, jai eu pas mal dembrouilles. Cest difficile de faire
comprendre quon ne fait pas la manche. Je suis parfois regardé avec mépris alors
que je fais ça par amour de la musique. " Malgré tout, Kader ne voit que des
avantages à cette école de la rue." Je pratique. Je rencontre beaucoup de
monde. Je suis mon propre patron. Je gagne un peu dargent. "

Suffisamment en tout cas pour acheter des guitares (il en possède quatre), des cordes et pour entrer en
studio. Une vingtaine de jours denregistrement en juillet dernier (chez Feeling et
chez Amadeus, à Tourcoing), et voilà le huit titres gravé sur un CD autoproduit et
tiré à mille exemplaires. En vente depuis samedi dernier à la Fnac et chez Harmonia
mundi, lalbum Tourbillon démarre fort. " A la Fnac, ils en ont vendu 25 exemplaires
lundi, ça représente la meilleure vente sur une journée en musique du
monde. " Il faut dire que le concept de Kader est séduisant.
" Jappelle ça du flamenco oriental : une rythmique hispanisante et
des mélodies influencées par la musique du Maghreb. " Kader compose avec le
cur " ça vient souvent dans les moments difficiles " sans vouloir forcément épater la galerie avec sa technique. " Quand je
joue, je suis en état de transe. Cest comme sil y avait un voile devant moi.
Je suis dans un autre monde. " Un monde où on peut toujours le rejoindre rue de
Béthune. Car sil assure la promotion de son premier album tout en travaillant au
deuxième, Kader est toujours là. Fidèle à son public et à sa passion.
(article écrit par Catherine Painset, paru dans la Voix du nord, le
jeudi 5 septembre 2002)